« Je te passe mon envie instantanée de mourir de l'avoir mise dans cet état, la conscience brutale d'avoir rompu l'équilibre du monde, d'avoir brisé la confiance d'une façon irréversible, d'avoir commis un véritable sacrilège, je te passe la sensation d'apocalypse, de pénétrer dans les flammes de l'enfer, il n'y a pas d'autre image pour exprimer ça, le cauchemar vivant, les cinq secondes déterminantes des mots prononcés que tu voudrais effacer, ces cinq secondes fatales qu'en vain tu voudrais réécrire pour que tout redevienne exactement comme avant, pour que tout cela ne soit qu'un mauvais rêve.
[...]
On se hurle dessus en même temps, face contre face, les yeux fermés par l'hystérie, on se hurle dessus en larmes dans l'incommunicabilité pour une raison qui n'est pas précisée, une raison grave, très grave en tout cas, une raison où c'est moi le coupable, on se hurle dessus dans une cacophonie indescriptible comme si c'était la fin du monde, et pourtant on se serre dans les bras l'un de l'autre de toutes nos forces, comme deux orphelins sous les bombardements, dans l'attente terrorisée de la mort, parce qu'on sait tous les deux qu'il n'y aura pas d'autre issue possible.
[...]
Et, sur ce point, quoi qu'elle en dise, quoi qu'elle ait pu t'en dire – parce que j'imagine qu'elle a dû te le dire, que je ne l'ai jamais vraiment aimée, hein ?, elle t'en a parlé ? –, sur ce point, je suis désolé, je n'ai pas à me justifier. Et elle le sait parfaitement, que je l'aime comme un fou. »